samedi 15 septembre 2012

Heureux comme Ulysse

Son groupe en jachère, le percussionniste Julien Sagot tire de bien différentes flèches de son carquois de solitaire. Mais sur scène, il retrouve un territoire familier où il occupe une nouvelle position. Le centre.

Julien Sagot se penche sur son café, ses Ray-Ban bleues sur le nez, rayonnant dans les lueurs pâles d’un dimanche matin de septembre. "Je suis content de faire de la scène avec le disque. J’aime le stage, déconstruire les chansons, les faire vivre autrement", s’enthousiasme-t-il d’emblée.

Tandis que son comparse de Karkwa, Louis-Jean Cormier, s’apprête à lancer son premier album, Sagot, qui l’a précédé à la ligne de départ, amorce le hiatus du groupe en transposant pour les planches les inquiétantes volutes sonores de son premier essai solo, Piano mal.

"Ce sont des chansons que je voulais comme un rêve", expose le percussionniste qui, ici, joue aussi du piano, de la guitare classique, et passe sa voix, qui parle plus qu’elle ne chante, à travers des filtres qui la trafiquent parfois jusqu’à saturation. "Je voulais que ce soient des univers étranges, et que les textes, qui sont parfois déroutants, puissent nous amener d’un lieu à l’autre dans une même chanson."

Côté sens, l’effet est réussi, et comme dans un songe où une porte mène sur un autre univers et où le décor se dérobe lorsqu’on a le dos tourné, les chansons de Sagot ressemblent à de troublantes poupées gigognes. 

Pour l’oreille, c’est aussi une affaire de décor, de paysages qui alignent autant les fins du monde de musiques concrètes, la joliesse de motifs répétés à la manière d’un trip-hop organique et d’indéniables accointances avec le délire graveleux d’un Tom Waits et le très narratif Cargo culte d’un Gainsboug.

Sur scène, Sagot s’amuse encore à dérouter, à envoyer promener l’auditeur, mais surtout les musiciens qui l’accompagnent.

"La dynamique est complètement différente, se réjouit-il. Avec Karkwa, les choses sont réglées au quart de tour, et du début à la fin, les structures des chansons sont préétablies. Là, j’essaie de nouvelles choses, et je lance volontairement des peaux de banane sur scène pour voir si quelqu’un va glisser dessus. J’aime me mettre en danger, provoquer une certaine instabilité, des surprises."

"Ce sont des chansons très ouvertes, qui permettent justement ce genre de trip, poursuit-il. Dans un groupe aussi créatif que Karkwa, c’est normal: dès qu’on jette les bases d’une chanson, tout le monde a une idée à ajouter, et à la fin, ça donne les pièces denses que tu connais. Et si j’aime beaucoup ce que nous faisons ensemble, là, je voulais donner de l’air aux chansons, faire respirer les structures, en mettre le moins possible."

Sagot lève les yeux, s’étale un sourire sur le visage. Les quelques spectacles récents l’ont rassuré, il prend ses aises, désormais au premier plan, au centre de la scène. Heureux qui, comme Ulysse, rentre chez lui. "Au début, je ne savais pas trop comment faire, mais j’ai vite appris à être frontman. Et j’aime ça! Et puis, je me sens tellement bien sur scène. Je me rends compte que je suis vraiment fait pour ça."

Article de David Desjardins paru dans Voir le 13 septembre 2012 

mardi 4 septembre 2012

Exclaim.ca : " Think Serge Gainsbourg meets Thom Yorke and Angelo Badalamenti in Africa"

Julien Sagot pulled off a showcase of his critically acclaimed album from last year, Piano Mal. His finely wrought balance of soundscapes and progressive pop took a while to find its legs but was in full flight by set's end. Think Serge Gainsbourg meets Thom Yorke and Angelo Badalamenti in Africa. It was impressive to see an opening act called back for an encore.

dimanche 2 septembre 2012

Julien Sagot au FME 2012


J’avais vu Sagot au Zaricot, peu de temps après la sortie de son album. Je l’avais trouvé enfermé dans son univers, peu enclin à rejoindre le public, comme si c’était ce dernier qui devait faire l’effort d’entrer dans le monde glauque que Sagot propose.

Revirement de situation au FME, où il était plus en vie, plus présent. Oh, l’univers est toujours aussi sombre, mais j’ai senti l’envie de partager, d’accueillir son public. Peut-être que le changement de musiciens accompagnateurs y est pour quelque chose.

Extrait de l'article "FME, jour 3 : Des spectacles, des surprises et des rencontres" de Frédéric Mailloux dans Vivre la nuit" le 02/09/2012

vendredi 20 juillet 2012

Julien Sagot plane jusqu'à La Nouvelle Scène

Julien Sagot joue de tout: du piano, des percussions (on l'a connu comme batteur de Karkwa, tapotant sur des bouteilles en verre), de la guitare et même des congas, tout, sauf du violon. «Oui, et heureusement», se réjouit-il à quelques jours de son concert à Ottawa.

Cette fois, à ni oui ni non, le chanteur ne pourrait qu'opiner du chef. Un vilain torticolis lui a ôté la négation. Une aubaine, imagine-t-on, pour interroger l'artiste sur sa première expérience de tournée comme leader de groupe, avec son album solo, Piano Mal, qu'il présentera en concert à La Nouvelle Scène vendredi prochain.

Une chance inouïe pour qui veut le faire parler sur ses projets futurs avec Karkwa. Le silence d'une petite douleur musculaire? Il n'en est rien: «Oui, je pense que Karkwa va continuer. Certainement pas dans l'immédiat, parce que Louis-Jean Cormier va sortir son album en septembre et que chacun fait ses petites affaires. Car je crois que c'est essentiel de se réaliser. Vers la fin, je commençais à ne plus trop savoir ce que j'apportais au groupe. C'est important de se retrouver face à soi-même», confie-t-il, galvanisé par ce voyage en solo dont il dirige le gouvernail auprès de cinq musiciens.

Le mini-orchestre, qui comprend notamment le bassiste de Karkwa, Martin Lamontagne, l'invite à voguer aux quatre vents de l'expérimentation, quitte à s'aventurer dans des zones de turbulences plus ou moins houleuses. Tant que le public embarque...

Sur scène, ils s'amusent, se provoquent, laissent échapper des chansons qui dérivent et les rattrapent au vol, feront découvrir des inédits et des reprises: «Je n'avais pas envie d'avoir toujours un texte et d'y mettre de la musique, selon l'alternance couplet, refrain, couplet, refrain. Non...» Contraction douloureuse.

À l'écoute, Piano mal révèle un univers sonore bien différent de celui de Karkwa, étonnant par ses ambiances planantes et sombres, parfois surréalistes, où le piano prédomine. Une touche noire, une touche blanche, l'univers de Julien Sagot préfère se réfugier derrière le chic de la simplicité rétro plutôt que de frimer dans les couleurs HD de la modernité.

«La couleur, ça a été la pire ennemie du cinéma. C'est trop clair, trop explicite, ça me fait penser à un film porno trash où la fille enlèverait tout d'un seul coup. Si mon concert devait être une image, ce serait certainement une séquence du film 8 1/2 de Fellini. La scène où il se voit au bout d'un cerf-volant», pose-t-il poétiquement dans la conversation.

Plan en contre-plongée, peut-être aussi pour mieux prendre du recul sur sa carrière et «faire le point sur ce qui a déjà été fait». Oublier les déceptions des concerts à Copenhague où il y avait plus de gens sur scène que dans le public. Laisser derrière lui les tournées éreintantes et infructueuses aux États-Unis. Mais attention, à trop jouer du cerf-volant, on finit par avoir mal... au cou!

«Je n'avais plus envie de courir comme une girouette, confie-t-il. Je suis conscient qu'il faut que je fasse mes preuves car je n'étais pas leader de Karkwa. J'apprends juste à voler».
Article de Maud Cucchi, Le Droit, Publié le 20 juillet 2012

jeudi 5 juillet 2012

Julien Sagot : musique contagieuse

L’artiste que je voulais découvrir avec cette première soirée ne m’aura pas déçue. Le percussionniste de la formation Karkwa (actuellement en pause) est venu présenté pour une première fois à Québec son projet « Piano Mal » à l’occasion de l’ouverture du Festival.

Malgré un début un peu redondant, on a vite compris l’intérêt du projet quand Julien Sagot a pris sa guitare électrique pour nous en mettre plein les oreilles. La connivence des musiciens était troublante et simple, Sagot aura donc retenu de son expérience avec Karkwa l’importance de bien s’entourer. Quant à l’influence de la formation sur son projet, on se réjouit qu’elle soit minime, il aurait été dommage que le musicien se borne à faire une pale copie.

Avec « Piano Mal » Sagot exhibe toute sa singularité de musicien et de compositeur. Les textes surréalistes ainsi que l’ambiance sonore qui les accompagne nous rappelle un jeune Alain Bashung alors que le ton grave et nonchalant de la voix du chanteur ne peut que faire écho aux textes parlés de Serge Gainsbourg (particulièrement sur l’album de « l’homme à la tête de chou »)

Une très belle découverte pour les Contagieuses donc, en cette première soirée de Festival.

Extrait de l'article Festival Off / Première partie de Lucie Claire Boutoille, paru le jeudi 5 Juillet 2012 sur le blog "Les contagieuses"



dimanche 10 juin 2012

Julien Sagot: musique ludique

Pendant que Karkwa est en pause, le batteur Julien Sagot nous transporte dans son univers musical.

Julien Sagot ne s'en cache pas, s'il a décidé de profiter de la pause de Karkwa pour lancer l'album Piano Mal, en février 2012, c'est qu'il ressentait le besoin de se prouver de quoi il était capable en solo, et de savoir jusqu'où il pourrait aller musicalement: « Dans Karkwa, Louis-Jean (Cormier, voix et guitare) et François (Lafontaire, claviers) composent la majorité des musiques et des textes. C'est sûr que c'est toujours possible de composer à trois, mais je trouve que c'est plus difficile. Dans un groupe, ça prend un leader, et il faut mettre beaucoup d'eau dans son vin pour arriver à une certaine unité », dit Julien.

Ainsi, au lieu de prendre des vacances bien méritées après quatre albums et de nombreuses tournées avec Karkwa, le multi-instrumentiste originaire de Paris s'est remis à l'ouvrage, en créant un album aux compositions complexes et intenses, qui nous transporte dans un univers aux influences rock, pop et expérimentale, en plus de faire un petit détour par la chanson française. Tout en lui donnant l'occasion d'exprimer sa personnalité musicale, Piano Mal lui a permis de se retrouver en tant qu'auteur-compositeur-interprète: "Quand on joue dans un groupe, on finit par ne plus trop savoir qui fait quoi. On ne sait plus trop ce qu'on apporte à la musique. Le fait de travailler seul ou avec d'autres musiciens sur différents projets permet de se redéfinir et de se recentrer", estime-t-il.

Rêver en musique

Si en terme pratique il n'a pas trouvé difficile d'assumer les rôles de chanteur, guitariste, pianiste et batteur durant l'enregistrement de Piano Mal, Julien avoue que ce n'est pas aussi facile quand il est sur scène: "C'est un défi de chanter en même temps qu'on joue de la guitare ou du piano et il me reste encore du travail à faire", rit-il. Par contre, alors qu'il s'attendait à ressentir une certaine pression en composant les chansons de son album, ça n'a pas été le cas, peut-être parce qu'il ne s'est pas lancé dans le projet en se disant qu'il devait écrire un disque extraordinaire: "Je me suis donné la permission de faire tout ce que j'avais envie de faire. C'était un gros trip personnel, un beau moment avec des chums musiciens. J'avais commencé à écrire des chansons durant les dernières tournées de Karkwa, de sorte que le moment venu de me consacrer à Piano Mal, j'ai ramassé les morceaux et j'en ai fait un disque."

Par l'entremise de Piano Mal, Julien voulait créer un univers musical ludique. Un univers qui laisse place à l'imaginaire, qui donne le goût de rêver et d'aller sur des sentiers qui ne sont pas nécessairement moulés en fonction des courants musicaux à la mode. Le musicien s'est également rendu compte que l'album se défend très bien sur scène: " C'est sûr que ce n'est pas un album de party, mais j'ai beaucoup de plaisir à le jouer live, à donner vie à la bête", mentionne Julien, qui est content de pouvoir le présenter aux Francofolies: "Et je suis content de le faire avec la gang qui travaille avec moi: Martin Lisotte au piano; Martin Lamontagne de Karkwa à la basse; Joseph Perreault à la batterie et Marc Dionne. Je ne dis pas qu'on va mettre le feu aux Francos, mais je pense qu'on peut créer une ambiance particulière."

Le 10 juin 22h, Scène Desjardins, Espace vert Desjardins, Esplanade de la Place des Arts

Photo: Simone Records

dimanche 3 juin 2012

Sagot : l'hypnotisant "Piano Mal"

Je connaissais Julien Sagot en tant qu’ingénieux percussionniste de Karkwa, mais voilà qu’il se lance dans une carrière solo et, croyez-moi, on ne pouvait demander mieux. Je l’ai entendu chanter à Bouillant de culture il y a quelques semaines et je suis réellement tombée sous le charme de cette voix sensuelle.

On le comparera probablement à Arthur H pour son style parlé/chanté/murmuré qui séduit dès les premières notes. Caressant et envoûtant, ce chant se lie à des paroles évocatrices et poétiques, des textes particulièrement courts, mais efficients, placés avec un réel doigté. Les instrumentations sont brillantes, touffues et elles nous enlacent délicatement dans son univers bar/café enfumé où il nous raconte des histoires (Une vieille taupe, Le Trucifier). Parfois plus rock (Les temps des vendanges), on demeure généralement dans un style plutôt sombre, doux et définitivement introspectif.

Il vaut véritablement la peine d’écouter ce disque avec un bon casque d’écoute, afin de saisir toutes les subtilités de ces arrangements qui sont particulièrement jouissifs. On y saisit tous les détails infinis qui font partie de cette véritable courtepointe musicale que nous tisse Sagot. C’est très beau et on en redemande.

Une écoute à faire au plus vite. Et surtout, on va le voir en spectacle aux Francofolies le 10 juin prochain à 21 h (Scène Desjardins).

Bande à part qualifie l’écoute “d’hypnotisante

Article publié le 3 juin 2012 · Par Myriam sur "Ma mère était hipster"